«Les quatre ministères se renvoient la balle»

Par Chantal Cleary | mars 10, 2017
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) Il est temps que les gouvernements de Québec et d'Ottawa fassent preuve d'un peu plus de bonne volonté pour permettre aux autochtones vivant dans une réserve d'avoir accès à des thérapies de longue durée, estime la Commission de santé et de services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL). Celle-ci vient de mettre en place une table d'échanges afin de trouver une solution au problème.

Mardi, La Voix de l'Est rapportait en exclusivité le cas de Jason (nom fictif), un jeune Mohawk qui devait suivre une thérapie fermée de six mois au Centre L'Envolée, à Shefford. Or, parce qu'il demeure dans une réserve autochtone et que la cure dont il a besoin n'y est pas offerte, ni Québec ni Ottawa ne veulent assumer les frais. En conséquence, le jeune homme demeure incarcéré en attendant qu'on en vienne à une entente.

«On a recensé deux cas récemment, et un troisième qui se présente actuellement», calcule Marjolaine Sioui, directrice générale de la CSSSPNQL, dont le rôle est, entre autres, de soutenir les communautés autochtones dans les conflits de compétences gouvernementales. 

À ses yeux, ça ne fait pas de doute: il s'agit de discrimination. «Ça ne peut pas être toléré. Et ça, juste pour une question de résidence. Si la personne demeurait dans la ville d'à côté, elle aurait eu le traitement, déplore-t-elle. Quelqu'un dans le besoin, on doit pouvoir lui offrir le service auquel il a droit.»

 

Négociations

La Commission de santé et de services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador a d'ailleurs récemment lancé un comité de négociation en partenariat avec divers intervenants pour trouver une solution.

Le ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, qui paie pour les thérapies des autochtones hors réserve, a confirmé via un porte-parole sa participation aux travaux, tout comme le ministère de la Santé et des Services sociaux. Santé Canada indiquait à La Voix de l'Est que ses représentants siégeraient également sur ce comité. Le ministère fédéral des Affaires autochtones, qui offre l'aide au revenu aux autochtones en réserve, est également attendu à la table.

«Ces gens-là, même s'ils sont peu nombreux, se retrouvent dans un vide juridique. Actuellement, on voit que les quatre ministères se renvoient la balle au lieu de payer, souligne Mme Sioui. Ça ne réglera pas la situation. (...) Quand on est rendus là, c'est une responsabilité partagée.»

Chaque ministère a d'abord été rencontré individuellement par la CSSSPNQL pour les convaincre de prendre l'initiative. En vain.

«On avait essayé la méthode douce, mais ils n'ont pas l'air de vouloir prendre une décision plus formelle», déplore Mme Sioui.

Une solution, du côté juridique, serait de porter plainte à la Commission des droits de la personne. «On n'empêchera pas ces gens de porter plainte, mais de notre côté, on attend. On continue de mettre de la pression», indique Mme Sioui.

«On ne veut pas une solution qui sera seulement temporaire, on veut une action à long terme.»