Enfants autochtones: Philpott invite les provinces

Par Chantal Cleary | oct. 25, 2017

Par Kristy Kirkup, La Presse canadienne


OTTAWA — La ministre fédérale des Services aux Autochtones, Jane Philpott, estime que les provinces et territoires n’ont pas été suffisamment mis dans le coup jusqu’ici pour combattre les iniquités dans les services d’aide à l’enfance chez les Autochtones.

Mme Philpott regrette aussi que les provinces ne soient pas interpellées dans le jugement historique du Tribunal canadien des droits de la personne, en 2016, qui demeure une source de frictions entre les leaders autochtones et Ottawa.

Dans une entrevue accordée à La Presse canadienne, cette semaine, la ministre rappelle que certaines agences qui offrent des services d’aide à l’enfance sont gérées par les Autochtones, alors que d’autres sont privées ou supervisées par les provinces. C’est pourquoi, selon Mme Philpott, les provinces et territoires devraient aussi participer aux discussions, avec le gouvernement fédéral.

L’avocate d’Ottawa Anne Levesque, qui représente la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada dans la plainte contre Ottawa, réplique que le gouvernement fédéral a des obligations particulières en vertu de la Loi canadienne sur les droits de la personne. Elle soutient que le tribunal a clairement insisté pour que le gouvernement fédéral fasse immédiatement des gestes concrets, et elle estime que les consultations avec les provinces et territoires ne devraient pas servir de prétexte à l’inertie.

«Les gouvernements sont des joueurs complexes (…) qui peuvent très bien travailler avec leurs partenaires dans les provinces et territoires afin de mettre au point des stratégies (…) pour prévenir les discriminations», soutient Me Levesque. «Le gouvernement fédéral devrait respecter immédiatement le jugement» de 2016.

Dans leur plainte, la Société de soutien à l’enfance et à la famille et l’Assemblée des Premières Nations alléguaient une discrimination dans la prestation de services d’aide à l’enfance offerts à plus de 163 000 enfants autochtones habitant des réserves, comparativement aux services offerts aux autres enfants canadiens.

La directrice de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations, Cindy Blackstock, soutient elle aussi que le tribunal n’a pas conclu que les provinces et territoires avaient un rôle à jouer pour s’assurer que le gouvernement fédéral se conforme à un jugement qui le vise directement.

Le député néo-démocrate Charlie Angus, qui représente la circonscription du nord de l’Ontario, rappelle que c’est le gouvernement fédéral, et non les provinces, qui a été reconnu coupable de discrimination systémique par le Tribunal canadien des droits de la personne en 2016.

«Lorsque le gouvernement fédéral aura mis fin à la discrimination systémique et acceptera de verser sa part, alors on pourra discuter d’un rôle accru des provinces», a estimé M. Angus, qui doit être nommé mercredi porte-parole de son parti pour les questions touchant les enfants autochtones. Il soutient qu’il s’agit là d’une nouvelle tactique du gouvernement libéral pour faire traîner en longueur le dossier.

«Ce gouvernement ne semble pas vouloir comprendre une fois pour toutes qu’il a une responsabilité juridique et morale envers ces enfants — il rejette le blâme sur tout un chacun.»