Entente sur le bien-être des enfants autochtones : les provinces veulent réfléchir

Par Chantal Cleary | janv. 29, 2018

Les ministres provinciaux, qui étaient réunis à Ottawa pour une réunion d'urgence sur le bien-être des enfants des Premières Nations, ont suspendu la rencontre au moment de ratifier l'accord parce qu'ils estiment avoir besoin de plus de temps pour réfléchir et faire des consultations avant de signer une entente aussi importante.

La ministre des Services aux Autochtones, Jane Philpott, a dévoilé hier un plan d'action en six points, avant la réunion de deux jours, qui engagerait les provinces à « dessiner les périphériques » de la compétence. En clair, cela signifie que les provinces confieraient le contrôle de la protection de l'enfance aux communautés autochtones.

Aucun des ministres provinciaux dans la capitale nationale n'a signé ce plan. « Je pense que la volonté est là », a déclaré Jane Philpott. « Je pense que nous sommes d'accord sur les questions fondamentales qui doivent être abordées, mais nous n'avons pas été en mesure de parvenir à un accord que les gens étaient prêts à signer. »

« Je ne suis pas découragée, parce que je crois absolument que tout le monde comprend la gravité de ce problème », a ajouté la ministre fédérale.

Le ministre des Familles du Manitoba, Scott Fielding, a déclaré qu'il n'avait pas adhéré au plan en partie parce qu'il n'avait pas encore consulté les dirigeants autochtones locaux. « Il n'y a pas de désaccord sur le fait que nous devons réparer un système défectueux », a dit M. Fielding.

Le gouvernement progressiste-conservateur du Manitoba va de l'avant avec ses propres réformes, dont certaines sont préoccupantes pour les ministres autochtones canadiens.

Le ministre des Services à l'enfance et à la jeunesse de l'Ontario, Michael Coteau, a déclaré que, dans l'ancien gouvernement Harper, les provinces étaient forcées de jouer un rôle de leadership en l'absence de volonté fédérale. « Nous prenons un nouveau départ, et ce n'est qu'un début, mais je suis convaincu que nous serons en mesure de travailler ensemble », a-t-il déclaré.

Les communautés ont les solutions

Vendredi, Carolyn Bennett, ministre des Relations avec les Autochtones, a lancé un appel aux provinces afin qu'elles décentralisent les services de protection de l'enfance pour éviter que les organismes mandatés par la province n'interviennent et ne les placent dans des foyers non autochtones.

On craint que le système actuel ne reproduise les erreurs du passé. Le gouvernement veut éviter de retirer régulièrement les enfants de leurs familles et de leurs communautés afin de les placer avec des parents adoptifs. Selon Mme Bennett, c’est le même esprit que celui qui était en place à l'époque des pensionnats autochtones et de la rafle des années 60, car il aliène les enfants de leur langue, de leur culture et de leurs réseaux de soutien.

« Nous devons passer à un système où les Premières Nations et les Inuits reprennent le contrôle de leur avenir. Nous attendons avec impatience un jour où les Premières Nations, les Métis et les Inuits n'auront plus à revendiquer leurs droits », a-t-elle dit. Elle a ajouté que le système, tel qu'il est actuellement constitué, ne peut pas fonctionner.

Alors que moins de 8 % des enfants canadiens âgés de 4 ans et moins sont Autochtones, ils représentaient 51,2 % des enfants d'âge préscolaire en famille d'accueil en 2016. Ce chiffre grimpe à 90 % au Manitoba.

Certains intervenants locaux disent qu’il faut plus d'argent pour les programmes destinés à la prévention et l’éducation.

Au Canada, les modèles de financement varient, de nombreuses provinces assurant la charge financière des enfants des Premières Nations vivant à l'extérieur des réserves, malgré la responsabilité fédérale.

Les critiques disent également que les règles et les règlements provinciaux sur la protection de l'enfance interdisent aux communautés autochtones de concevoir leurs propres systèmes de prise en charge parentale et de regroupement familial.

« En fin de compte, les communautés ont les solutions et elles doivent être écoutées », a déclaré la ministre Bennett.