Vaincre le diabète chez les jeunes Autochtones et combattre les préjugés

Par Chantal Cleary | mars 14, 2018

ony n'est pas encore un adulte mais, déjà, son quotidien est ponctué de visites chez le médecin. À 17 ans, il doit parcourir près de 1000 km pour recevoir ses traitements contre le diabète. Sa situation n'est pas unique, puisque le diabète est en croissance chez les jeunes, au Manitoba comme ailleurs au pays.

Un texte de Marie-Lise Mormina

Tous les trois mois, le jeune Autochtone Antony Braden Nozicka-Spence, surnommé Tony, et sa famille manquent deux journées d’école ou de travail, parce qu’ils doivent faire près de 18 heures de route pour rencontrer la Dre Allison Dart, aussi chercheuse à l'Institut de recherche de l'Hôpital pour enfants du Manitoba (CHRIM), à Winnipeg.

La famille de Antony Braden Nozicka-Spence pose devant la caméra.

Les cinq membres de la famille quittent la communauté autochtone de Nelson House, à environ 850 km au nord de Winnipeg, pour recevoir des soins dans la capitale manitobaine. Photo : Radio-Canada/MARIE-LISE MORMINA

Les cas de diabète de type 2, comme celui de Tony, sont de plus en plus fréquents chez les jeunes depuis les 40 dernières années.

Tableau montrant une croissance du diabète chez les 10 à 18 ans.

En 2016, il y a eu 739 nouveaux cas de diabète déclarés chez les 10 à 18 ans, au Manitoba. Photo : Radio-Canada

Les jeunes Autochtones comme lui comptent pour 95 % des cas de diabète chez les moins de 18 ans au Manitoba, comme le souligne la Dre Dart. Au Canada, cette statistique chute à 40 %, ajoute l’experte.

Ces statistiques sont même devenues des stéréotypes, pense le médecin de famille et spécialiste de la santé des Autochtones, Barry Lavallée. Lorsque les données sur le diabète chez les peuples autochtones sont si élevées, les gens croient qu'il est normal que cette population soit malade, affirme le médecin.

Cela envoie comme message à la société qu’il est normal que nous mourions.

Barry Lavallée, médecin de famille et spécialiste de la santé des autochtones

Certains interprètent la prédominance du diabète chez les Autochtones comme un laisser-aller, estime le Dr Lavallée, comme si cette population ne faisait pas suffisamment attention à sa santé.

Ils ont l’impression que leur maladie, c’est de leur faute

Ce discours, la Dre Allison Dart en voit les effets dans son bureau.

Si on déclare que ce sont les facteurs alimentaires et le manque d’activité physique qui sont les principales causes du diabète, les enfants peuvent penser que ce sont eux qui sont à blâmer pour leur maladie, estime-t-elle.

« Il ne faut pas blâmer les enfants. C’est une maladie comme toutes les autres », affirme la Dre Dart.

Même s’il est vrai que de saines habitudes de vie préviennent l’apparition du diabète, les experts conviennent que les problèmes pour les peuples autochtones ont des racines plus profondes, liées à l'environnement socioéconomique.

Des causes historiques, sociales et psychologiques

De nombreuses communautés autochtones ont peu de ressources, un taux de chômage élevé et des maisons en piètre état. Les conditions de vie dans les régions ne sont pas comparables à la pauvreté vécue par des personnes non Autochtones, dit l’expert Barry Lavallée.

Ces facteurs peuvent être lourds de conséquences, pense la Dre Dart. Elle observe que la santé mentale influe sur la probabilité que les enfants contractent le diabète de type 2. À ses yeux, il faut s’attaquer au stress, à l’anxiété, à la dépression et aux émotions des enfants.

Une nouvelle approche du diabète

Selon la spécialiste, il faut ainsi concevoir une nouvelle manière d’aborder et de traiter la maladie, qui tienne compte également de la santé mentale et du contexte social des jeunes.

La crainte de la médication

Cette approche vise également à créer un lien de confiance, ce qu’Allison Dart estime important, car certains jeunes de communautés autochtones éprouvent de la méfiance envers le système médical. Il arrive que des patients ne veuillent pas prendre de l’insuline ou des médicaments, dit-t-elle. Elle attribue ces craintes à une association négative que certains jeunes font entre les médicaments et leurs grands-parents gravement malades du diabète.

La maladie peut être contrôlée, mais elle doit être traitée le plus rapidement possible, car le diabète de type 2 est plus agressif chez les jeunes que chez les adultes. Les conséquences peuvent être graves, comme l'insuffisance rénale, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires et même le risque d’amputation.

Allison Dart travaille, elle est devant un ordinateur.

Allison Dart est aussi néphrologue pédiatrique à l'Institut de recherche de l'Hôpital pour enfants du Manitoba. Photo : Radio-Canada/Trevor Lyons

Allison Dart travaille sur une des plus grandes études canadiennes sur le diabète auprès des jeunes Autochtones. Elle tente de comprendre tous les facteurs menant à la maladie. Si elle a consacré les cinq dernières années de sa vie à ces recherches, c’est pour éviter que ses patients, comme Tony, soient considérés comme une statistique.

Antony Braden Nozicka-Spence discute avec son médecin.

Antony Braden Nozicka-Spence aime le chant et il joue également au basketball. Photo : Radio-Canada/Trevor Lyons


Être normal

Pour Tony, ces discussions sur les causes du diabète de type 2 ne sont pas importantes. Il doit plutôt gérer les stéréotypes et la méconnaissance de la maladie, à laquelle il fait face au quotidien. Il se sent comme tout adolescent de son âge et il souhaite être traité comme tel.