Un premier sommet national pour garantir la santé des jeunes Autochtone

Par Chantal Cleary | sept. 13, 2018

Tous les enfants des Premières Nations doivent avoir accès aux soins et à l'éducation sans discrimination et dans le respect de leurs besoins individuels : c'est ce qu'on appelle le principe de Jordan, du nom d'un enfant cri mort en 2005 au Manitoba. Mercredi et jeudi, près de 900 intervenants venus de partout au pays sont à Winnipeg pour discuter des façons de mettre en oeuvre le principe de Jordan.

Un texte de Julien Sahuquillo

C’est le premier sommet du genre. L’Assemblée des Premières Nations, qui organise cette rencontre, estime qu'il est nécessaire de parler davantage de l’aide pour répondre aux besoins spécifiques des enfants autochtones et de leur famille, qui résulte du principe de Jordan.

Le chef régional Kevin Hart estime qu'on a parcouru un long chemin depuis la mort du jeune Jordan River Anderson. « Mais c'est triste qu'un enfant des Premières Nations ait dû mourir pour que nous en arrivions là », ajoute-t-il.

Qui était Jordan River Anderson?

Le principe de Jordan a été nommé d’après le cas de Jordan River Anderson de la Première Nation crie de Norway House. Ce dernier est mort en 2005 à l’âge de 5 ans dans un hôpital du Manitoba. Il avait passé deux ans à attendre une prise en charge à domicile. À l’époque, une discussion était en cours entre les gouvernements provincial et fédéral afin de reconnaître lequel devait prendre en charge les frais concernant l'enfant. En 2007, le Tribunal des droits humains du Canada a reconnu l'obligation d'appliquer le principe de Jourdan sans discrimination.

Ce soutien aux familles suit une logique claire : mettre l’intérêt de l’enfant au premier plan et appliquer ce principe également à tous les enfants des Premières Nations, qu’ils vivent dans des réserves ou non.

Un programme en plein essor?

En 2016, Santé Canada a mis à la disposition des Premières Nations un fonds d’aide de 382 millions de dollars sur trois ans, pour répondre aux besoins des communautés et des familles en vertu du principe de Jordan. Ce programme, de plus en plus utilisé, n’en est encore qu’à sa phase préliminaire, selon Valerie Gideon, sous-ministre adjointe aux Opérations régionales des services aux Autochtones de Santé Canada.

« On avait à peu près 4400 demandes auxquelles on avait répondu au début de l’année fiscale 2017 et, maintenant, on est à 111 000 demandes traitées à travers le pays. Mais on pense qu’il y a encore beaucoup d’enfants, de familles et de communautés qui n’ont pas eu l'occasion de bénéficier du principe de Jordan », explique-t-elle.

Pour ce qui est des besoins prioritaires en matière de santé, elle affirme : « La santé mentale est importante, [mais] également des services de santé tels que des physiothérapies, des thérapies dans les écoles. On voit aussi des demandes de transport pour des accès aux services. » Elle parle également de « services plus spécialisés en matière d’éducation qui ne sont pas nécessairement offerts dans la communauté où réside l’enfant ».

« Il faut se concentrer sur l’enfant », rappelle le chef Hart, en parlant de ce qui est la priorité. Il explique que le legs de Jordan River Anderson, qui « a démarré il y a longtemps », est d’avoir suscité une prise de conscience collective de la situation. « On peut voir encore son impact sur les gens qui parlent aujourd’hui », dit-il.

Le chef Kevin Hart souligne également les bienfaits sur l’enfant lorsqu’il a les « ressources adéquates, [qu’il est] à la maison, avec sa famille, ses frères et soeurs, qu’il est heureux. On peut le voir sur son visage. Cet [enfant] est plein de vie à nouveau, il rayonne. »