Wendake, le 26 mai 2026 – La Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL) et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), en collaboration avec l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), ont déposé aujourd’hui un deuxième rapport de recherche sur les violences obstétricales et gynécologiques vécues par des femmes des Premières Nations au Québec.
En novembre 2022, le premier rapport de recherche Consentement libre et éclairé et stérilisations imposées des Premières Nations et Inuit au Québec visait à pallier l’absence de données sur les cas de stérilisations imposées chez les femmes des Premières Nations et Inuit au Québec. Au total, 35 témoignages d’actes de violence survenus entre 1980 et 2019 ont été recueillis, parmi lesquels on comptait 22 stérilisations imposées.
Pour donner la parole aux femmes des Premières Nations et continuer à documenter leurs réalités, une deuxième phase de la recherche a été lancée. Cette fois-ci, trois fois plus d’actes de violence ont été rapportés entre 1956 et 2023, pour un total de 97 témoignages.
« Les violences obstétricales et gynécologiques (VOG) vécues par les femmes des Premières Nations sont un traumatisme grave, laissant des marques profondes sur leur santé, leur spiritualité, leur féminité, leur famille et leur vie entière. Elles s’inscrivent dans un continuum de violence coloniale, au même titre que les pensionnats, les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ainsi que les enfants disparus ou décédés à la suite de leur admission dans des établissements de santé et de services sociaux. Les VOG, y compris les stérilisations imposées, doivent être reconnues comme des traumatismes subis par les femmes des Premières Nations. Des actions concrètes doivent être mises en œuvre pour éradiquer toute forme d’acte médical discriminatoire fondé sur l’origine ethnique », a déclaré Francis Verreault-Paul, chef de l’APNQL.
« La publication de ce rapport marque une étape décisive pour les femmes des Premières Nations au Québec. Derrière chaque témoignage se trouvent des histoires portées avec courage et résilience — celles de mères, de sœurs, de filles et de grands-mères. En prenant la parole, elles tracent le chemin vers des soins de santé et des services sociaux plus dignes et sécuritaires pour elles et pour toutes les générations qui suivront », poursuit Derek Montour, président du conseil d’administration de la CSSSPNQL.
Pour sa part, Suzy Basile, chercheuse et professeure à l’UQAT, rapporte les circonstances troublantes dans lesquelles les cas de stérilisations imposées ont eu lieu : « communications et services d’escorte médicale et d’interprétation déficients, procédure stérilisante sans consentement libre et éclairé, information erronée au sujet du clippage et du déclippage. Plusieurs des femmes rencontrées ont appris leur stérilisation beaucoup plus tard, lors d’une consultation pour comprendre la raison de leur infertilité ou pour d’autres raisons de santé ».
Pour consulter le rapport, cliquez ici.
Quelques faits saillants du rapport :
- Le rapport fait état d’une forme de traitement différentiel entre femmes autochtones et allochtones, mais étant très similaire d’une Première Nation et d’une région à l’autre, ce qui démontre la présence de racisme systémique dans le réseau de la santé au Québec.
- Les témoignages rapportent que la relation de pouvoir entre le personnel soignant et les femmes des Premières Nations ne permet aucunement à ces dernières de fournir un consentement préalable, libre et éclairé.
- Parmi les 55 cas de stérilisations imposées documentés dans la phase II, plusieurs participantes rapportent ne pas avoir signé de formulaire de consentement ou ne sont pas certaines de l’avoir fait. D’autres l’ont signé dans des circonstances préoccupantes : sous la pression, en plein travail d’accouchement, persuadées que l’intervention était réversible ou avec la main soutenue par le personnel soignant.
- Des violences de nature discriminatoire en fonction de l’origine ethnique ont aussi été rapportées à plusieurs reprises : signalements à la naissance, suspicion de maltraitance en présence de la tache mongoloïde, prise de sang sur le bébé sans consentement et avortements imposés.
Soutien
Il existe du soutien pour les survivantes, notamment la ligne d’écoute du Cercle des survivantes pour la justice reproductive, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 : 1-877-386-0750 (poste 113 pour obtenir un service en français). La Ligne d’écoute d’espoir pour le mieux-être est aussi accessible par téléphone, au 1-855-242-3310, ou par clavardage.
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